Les boucles coincées

Par Benjamin Schoendorff

Nous sommes équipés d’un système d’autopilotage de haute technologie. C’est l’une des choses les plus utiles que nous ayons. Il nous permet de faire pleins de choses automatiquement, sans trop y penser. Très utile pour monter des escaliers ou aller au travail en voiture. Nous n’avons pas besoin de trop penser à ce que nous faisons, ni à notre itinéraire.

Notre autopilote est calibré « d’usine » pour nous éloigner des turbulences. Grâce à lui, si vous apercevez un prédateur au loin, vous vous en éloignez instinctivement. Toutefois, quand notre autopilote nous fait nous éloigner, non plus des menaces extérieures, mais des inconforts intérieurs, les problèmes commencent.

À mesure que l’intelligence humaine a progressé, nous sommes devenus capables d’interagir avec nos pensées, nos émotions et nos souvenirs comme s’ils étaient des objets extérieurs — et des menaces physiques. Malheureusement, essayer de fuir ses pensées et ressentis ne fait que les intensifier. De plus, dès que quelque chose devient important, nous craignons de le perdre ou de ne jamais réussir à l’atteindre. Par exemple, dès l’instant où vous désirez trouver l’amour, vous vous inquiétez de ne jamais le trouver, ou vous pensez que vous ne le méritez pas, ou encore que vous le perdrez un jour.

Votre autopilote essayera alors de vous éloigner de ces pensées et il y a de bonnes chances que vous vous retrouviez pris dans une boucle coincée.

Comment fonctionnent les boucles coincées ?

La matrice nous invite à trier nos expériences et nos actions dans les quatre quadrants formés par deux lignes perpendiculaires. À gauche de la ligne verticale, on place les expériences indésirables et les actions visant à nous en éloigner. À droite, on identifie les personnes et les choses qui sont importantes et ce que nous faisons pour nous en approcher.

Les boucles coincées se nouent à gauche. Notre autopilote nous incite à nous éloigner des pensées négatives et ressentis douloureux. Les actions d’éloignement apportent généralement un soulagement à court terme, mais les pensées et ressentis problématiques reviennent bien vite. Malheureusement, notre autopilote n’est pas capable de calculer que nos actions d’éloignement peuvent nous conduire à entrer dans des boucles coincées.

Voici sept étapes qui peuvent vous aider à ne pas rester trop longtemps prisonnier de boucles coincées. Je les illustrerai avec mes propres difficultés autour de l’écriture. (Merci à mon ami Mark Webster pour les étapes 6 et 7)

  1. Sur une feuille de papier, commencez par dessiner une matrice et inscrivez « M’approcher » à droite de la ligne horizontale et « M’éloigner » à gauche.
  2. En bas à gauche, notez les pensées et ressentis difficiles qui vous hameçonnent régulièrement. Par exemple, je pourrais écrire : « Irritation, manque d’inspiration », et « Pas envie d’écrire ».
  3. Dessinez une ligne partant du bas à gauche et remontant en demi-cercle vers le quadrant supérieur gauche et notez ce que l’on peut vous voir faire pour vous éloigner de ces choses déplaisantes. Je pourrais écrire : « Aller sur Facebook ».
  4. Si les expériences déplaisantes en bas à gauche ne disparaissent pas à la suite des actions d’éloignement ou encore reviennent rapidement, tracez un demi-cercle qui redescend vers le quadrant inférieur gauche et notez ce qui se présente ensuite. Dans mon cas : « Honte, fatigue, colère, déçu de moi ».
  5. Tracez un demi-cercle qui remonte si vous engagez alors de nouvelles actions d’éloignement, peut-être les mêmes, peut-être d’autres. Je pourrais écrire: « Surfer le web et lire des articles sur la politique internationale ».
  6. Une fois que vous avez tracé la boucle, trouvez-lui un nom. J’ai appelé la mienne : « ma boucle coincée de procrastination d’écrire ». Les noms descriptifs sont préférables aux noms dénigrants. J’ai renoncé à nommer la mienne : « Benji pris dans sa boucle coincée de gros paresseux ».
  7. Ensuite, je pointe ma boucle et je dis à voix haute: « Voici Benji pris dans sa boucle de procrastination d’écrire ». Ensuite, je dis, toujours à voix haute : « Voici Benji Schoendorff pris dans sa boucle de procrastination d’écrire ».
  8. Vous ne croirez sans doute pas ce qu’il se passe ensuite : je sors de plus en plus souvent de ma boucle coincée et me mets à écrire. Ne me croyez pas. Essayez pour vous-même et partagez dans les commentaires ce que vous avez observé.

Identifier et reconnaître nos boucles coincées peut nous aider à désactiver le pilote automatique quand l’autopilote nous pousse à tourner en rond. Observer, nommer et pointer nos boucles coincées nous permet de mettre le bouton « Pause » et de déverrouiller l’autopilote. Il nous devient alors plus aisé de reprendre le contrôle de notre trajectoire de vol.