Quand un client rechute

Par Benjamin Schoendorff

Suzanne avait fait des progrès spectaculaires. De petite taille, le visage ouvert et déterminé, au terme de 12 semaines de travail courageux, elle avait pu commencer à approcher son anxiété avec plus de compassion et de bienveillance. Pour ma part, j’avais été touché par la façon dont elle avait su se connecter plus authentiquement avec son conjoint et être plus présente à ses enfants. Enfin, elle avait eu le courage de lâcher son travail d’administratrice d’une chaîne de magasins de meubles pour rejoindre l’équipe dirigeante d’un organisme de soutien aux itinérants. Quand je pensais aux progrès de Suzanne, un sourire me fendait le visage. Et pourtant, ce jour-là, Suzanne se tenait blottie dans le sofa confortable de mon cabinet de consultation, en pleurs. Une attaque de panique l’avait empêchée de faire une présentation professionnelle importante. Elle n’avait pas réussi à retourner au travail et depuis une semaine était en arrêt maladie. D’une main elle tirait mouchoir après mouchoir de ma belle boite décorée. La voix entrecoupée de sanglots, elle hoquetait que sa vie lui échappait.

Quand nos clients, comme Suzanne, rechutent, c’est dur. Comme tous les thérapeutes, j’ai toujours l’espoir que mon travail soit tellement efficace que mes clients n’auraient plus à revenir en thérapie. Toutefois, certains reviennent. Et Suzanne était revenue. Et je partageais un peu de sa tristesse à la voir de nouveau submergée par sa souffrance.

Avec le temps, j’ai observé que c’était aidant pour moi comme pour mes clients de concevoir d’emblée la thérapie comme un processus d’entraînement d’habiletés plutôt que de résolution de problèmes. Il est normal de vouloir affiner vos habiletés. Vous pourriez chercher un coup de pouce pour améliorer vos compétences, avoir besoin de soutien pour étendre vos nouvelles habiletés dans un autre domaine de votre vie ou encore vous pourriez avoir trébuché sur un obstacle particulièrement traître. Le fait qu’un client revienne n’est pas nécessairement un signe que la thérapie a été un échec. On peut le voir plutôt comme une étape dans le processus d’entraînement.

Après avoir validé de tout cœur combien il était souffrant pour Suzanne d’avoir été mise à terre par une attaque de panique inattendue, je l’ai invitée à pratiquer certaines des habiletés que nous avions entraînées avec la matrice ACT. Quand on travaille avec un modèle transparent comme la matrice ACT, on n’a pas à se soucier que notre sac à outils puisse passer date. La plupart des clients qui reviennent ont besoin d’un tour abrégé des habiletés de la matrice. Nombreux vivent des prises de conscience au cours de la première ou de la deuxième consultation de rappel.

Ce qui a été le plus utile pour Suzanne quand elle est revenue a été de travailler la compassion pour soi et d’affiner ses habiletés de prise de perspective à travers lesquelles elle a pu apprendre à s’auto-valider efficacement quand elle se sentait anxieuse et coincée. Enfin, un travail focalisé sur les muscles qu’elle tendait sans nécessité quand elle ressentait de l’anxiété l’a aidée à mieux accueillir tous ses ressentis. Après quatre sessions, elle avait repris le contrôle de sa vie.

Choisir de s’approcher des personnes et des choses importantes est la tâche de toute une vie. Nous trébucherons tous, et nous aurons tous besoin de soutien de temps à autre. Il est difficile d’installer de nouvelles habitudes. Les vieilles habitudes meurent lentement et reviennent facilement. Et ça aussi c’est normal.